• Dans un café kabyle, un soir d'août


    C'est une histoire parisienne, il faut aussi que je parle de cette ville dans laquelle je vis quand je ne suis pas sur les routes. Elle a ses recoins et ses surprises.

    La scène se passe dans un troquet du 18e arrondissement. C'est un bar tenu par des kabyles, un de ces bars pour habitués devant lesquels on passe sans généralement s'y arrêter. Sans cet ami anglais qui nous y a donné rendez-vous nous n'y serions sans doute jamais entré. C'est un endroit, comme il y en a quelques uns aujourd'hui, où l'on peut manger un couscous gratuit le vendredi soir.

    On sent le bar pour habitués en mutation : une exposition de belles photos assez abstraites entoure les portraits habituels de l'antique royauté berbère ; deux sièges en rotin encadrent une table basse (l'un d'entre eux est tout droit sorti d'Emmanuelle). Comme si l'on cherchait a rendre le lieu plus attrayant.

    Nous nous installons, buvons nos bières en conversant sur des choses et d'autres, espérant que le couscous gratuit arrivera. Les clients ne sont pas nombreux, à les voir on se demande s'il s'agit de clients ou plutôt de famille ou d'amis du patron. Ils s'installent à une table ronde et le cuistot sert des assiettes de haricots blancs et un plat de pieds de veau. Nous sommes invités à les joindre, il n'y aura pas de couscous ce soir.

    Et ceci n'est que préambule, car le repas finissant, le barman se lève de table se rend à la porte. Un petit enfant asiatique traverse en courant comme il peut (car il est bien petit) le passage piéton et se jette dans les bras du kabyle. Sa mère suit d'un peu plus loin. Voilà le gamin assis sur le bar, puis se baladant entre les tables, passant derrière le zinc, posant son regard curieux sur les convives. Le voilà assis sur les genoux du barman, confiant et tranquille. Ce môme et sa famille passent par là, souvent et tous le connaissent depuis qu'il est encore plus petit.

    Le père arrive, un chinois jeune, en débardeur, jean remonté sur les chevilles, tongues, mordant une cigarette qu'il fume les yeux mis fermés. La mère est debout, le père assis sur l'un des fauteuils en rotin, ils regardent leur enfant assis à une tablée de kabyles qui cherchent à le faire sourire. Une conversation impossible se noue entre la tablée et la petite famille chinoise, pas encore francophone...

    C'est'l'Paris.

    Celui qui existe encore, une croisée de mondes, le lent tissage des solidarités, un gamin chinois sur les genoux d'un barman kabyle...



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