• En début de semaine nous étions à La Bodega (à peu près 300
    habitants) faire quelques mesures de débit sur des sources.

    C'est un jeu marrant si fatiguant :

    Il faut demander à un membre de la communauté qui connaît
    bien le coin où il vit s'il connaît une source qui ne tarît pas. Ensuite il
    faut le suivre, à travers champ, à travers barbelés, à travers marécage (lui
    est chaussé de botes en caoutchouc - futé, le gonze - toi t'as des bottes de
    l'armée nica forcement trop petites et en plus tu ne sais pas ou foutre les
    pieds), à travers un bout de bois au dessus d'un torrent. "C'est juste
    là," dit le gonze, "on va passer par-là" et il montre du doigt
    l'horizon : c'est loin "par-là". Toi tout le temps tu mates, un peu
    fasciné, le revolver qui de temps en temps sort de la chemise d'un autre
    bonhomme de la partie.

    Tu visites ainsi une source, tu construit un petit barrage
    et tu mesures le temps qu'il faut pour remplir un seau à cet endroit, mais elle
    n'est pas assez haute par rapport au village, une autre n'a pas assez de flotte.
    Et c'est reparti, d'autres chemins, d'autres embûches, peut-être qu'il faudra
    passer à coups de machette à travers de la jungle, peut-être que tes grolles
    seront remplies de flotte, peut-être qu'un gars te montrera comment on attache
    les pattes d'un énorme crabe d'eau douce pour le faire bouillir dans sa soupe
    du soir et peut-être qu'enfin, dans un petit col, tu trouveras la source que tu
    cherche : assez d'eau, assez haut.

    Le soir à la lumière d'une bougie tu écoutes des légendes de
    la jungle : un commando de la contra attaqué par une horde de tigres ; le
    tigre-cheval qui ressemble à un fourmilier mais qui cause des blessures avec
    ses ongles pour ensuite sucer le sang de ses victimes.

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  •  

    Nous sommes allés visiter la communauté de Cuatro Esquinas,
    la "route" vient d'être percée, il y a trois mois j'y serais allé à
    cheval (quelques heures de monte). Pendant la guerre un hélico Mil 24 de
    l'armée a été abattu, le cockpit est appuyé contre une maison, des pièces
    d'aluminium riveté traînent ça et là entre restes de bottes en caoutchouc,
    vielles bouteilles, etc. Près de l'église évangéliste du village un bout de
    tuyau en acier aux formes étranges est utilisé comme jouet par des gosses,
    encore une partie du malchanceux hélico.

    La source de la communauté est dans une forêt de cacaotiers,
    au loin sur les jupes du Musun on peut entendre les cris des Congos (singes
    hurleurs), il pleut, je me réfugie sous une feuille de bananier. On m'offre une
    cosse de cacao, le "fruit" est encore vert, c'est comme cela qu'on le
    mange ici, le goût ressemble assez peu au chocolat et plus à la saveur
    universelle du fruit vert avec une pointe de châtaigne... ?

    Au retour la pluie a rendu les côtes ingravisables même pour
    notre bête de somme japonaise (une Toyota Land Cruiser). Nous passons la
    première après une demi-heure d'attente (le soleil tropical fait son travail).
    Arrivés à la seconde il a plu de nouveau, pas de soleil en vue et de toute
    façon il est trop tard. Alors nous attendons de nouveau sans savoir quoi faire.
    Je sculpte une petite statue avec la boue, on cause, je regarde les arbres... Une
    équipe de base-ball moitié en uniforme passe à pied et à cheval, ils rentrent
    d'un match qu'ils ont gagné, contents.

    Puis, le caterpillar qui a fabriqué la route passe, nous
    nous attachons au monstre et gravissons sans peine la colline !

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  •  

     

    Bon, j'ai un mal de crâne carabiné, la pièce dans laquelle
    je travaille en ce moment est remplie d'internationaux babouses, je suis débout
    depuis trois plombes et quelques du mat et en plus mon maudit écran est pété,
    j'écris donc autour d'une tâche noire.

    Aujourd'hui ma mission était d'aller au Costa Rica pour
    renouveler mon Visa. J'ai dépassé les six mois de Visa touriste il me fallait
    donc sortir du territoire pour y re-rentrer. Manip débile et fatigante mais
    elle marche, j'ai passé une heure peut-être au Costa Rica, j'y ai vu les
    uniformes des flics locaux, la couleur de la monnaie, j'ai fait des tours entre
    les divers bureaux.

    Une fois la mission accomplie (j'ai de nouveau trois mois de
    tourisme) je suis venu ici, à Grenade. La Grenade espagnole est une ville que
    j'aime beaucoup, cette Grenade-ci est magnifique. Files de maisons basses au
    larges toits en tuiles, couleurs pastels, parcs, verdure... Le soleil se couche
    et rend les pastels presque électriques.

    Bien sûr, étant probablement la plus belle ville du Nica,
    étant le point de départ vers les îles du Lac Nicaragua c'est un passage obligé
    pour les touristes. Dans cette auberge de jeunesse, dans ce dortoir c'est
    plutôt la jeunesse voyageuse, le dos tatoué, les dreads sur la boule, les
    bijoux en bois et en abondance. Marrant. Je me sens à la fois proche et en dehors
    de cette meute jeune en quête de ...? En tout cas à force de traîner dans ces
    auberges ils ne verront pas grand monde du Nicaragua.

    Ville riche du passage de marchandises du
    Pacifique à l'Atlantique, ville pillée de nombreuses fois par les pirates
    anglais et français, ville rasée par l'aventurier gringo William Walker dans sa
    tentative de rétablir l'esclavage ici au 19ème siècle, ville heureusement
    bien reconstruite depuis...

    Les maisons basses ont de larges toits en tuiles, elles sont
    peintes de couleurs pastels souvent par paire (café, crème ; vert, rouge-
    brique...). Des patios rafraîchissent le centre de chaque maison, les familles
    causent assises au frais sur des rocking-chairs en osier.

    Au coucher du soleil la ville respire le calme et je me dis qu'elle pourrait faire partie de ces
    villes dans lesquelles j'aimerais habiter.





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  • Depuis le hublot, Managua est un rectangle de lumière étiré
    d'est en ouest. Comme un ciel étoilé inversé, chaque lumière jaune
    scintille : est-ce les variations de densité de l'air ou est-ce les
    variations de la production d'électricité ?

    A la descente de l'avion, me voici plongé dans la chaleur
    légère mais moite des tropiques humides. Arturo et Lucia, mes hôtes,
    m'attendent, c'est une bonne surprise car déjà je m'imaginais m'escrimant avec
    taxis et porteurs de bagages.

    Managua s'étend sur les bord d'un grand lac, la ville, ou ce
    qui s'appelle une ville mais ne ressemble en rien à une ville, court le long du
    lac puis monte la pente vers le sud. La ville a été détruite totalement deux
    fois par des tremblements de terre. La dernière fois c'était en 1972, les
    urbanistes devaient tous être dans la guérilla, en exil ou en prison car la
    ville n'est à bien y regarder pas une ville. C'est un assemblage peu
    convainquant de quartiers, d'arbres, de statues gigantesques de personnages qui
    me sont inconnus, de centres commerciaux, de stations essence et de marchants
    de ferraille. Le tout parcouru par des bus scolaires américains encore jaunes,
    mais aux rajouts latins tels des Christs en souffrance, des Saints Christophes
    portant le Bébé Jésus, des lumières multicolores ; par des camions soviétiques
    d'époque ; par des Ladas ; par des 4x4 japonais juste sortis de
    l'archipel ; etc. Les coopératives de taxistes abondent et portent des
    noms faisant référence à des événements ou personnages révolutionnaires :
    Carlos Fonseca, Simon Bolivar, le 19 juillet ...

    En réalité cette ville n'a pas de présence, seule la vue sur
    le Lac Managua et ses quelques vieux volcans lui donne une Rédemption, une
    raison d'être, quand d'un coup Momotombo et Momotombito se découpent de
    l'horizon comme deux légères ombres triangulaires dans la brume.

    Mes premiers hôtes sont des intellectuels sandinistes (si
    non politiquement au moins du cœur). Lui est chargé de la com du PNUD ici, elle
    travaille pour Swiss Aid. Ce sont des gens bien sympathiques. Il a participé à
    la collecte de fonds pour le Front pendant les années de lutte, puis il a géré
    un centre culturel après la révolution. Je connais moins son histoire à elle.
    Arturo a pas mal voyagé et entre autres parle d'un travail qu'il a fait dans
    les années 70 à San Cristobal avec l'archevêque du Chiapas, Samuel Ruiz (vieux
    théologue de la libération).

    Le taxi qui me conduit au marché Mayoreo est arrête par un
    embouteillage, des gamins passent de chaque coté vendant de minuscules sacs
    remplis d'eau fraîche (« Agua helada ! Agua helada ! »
    disent-ils en passant), d'autres personnes déambulent vendant toute une série
    de mauvaise marchandise asiatique. Soudain un homme nous tend deux bonbons
    acidulés et une petite carte de visite « politisée » cherchant a
    convaincre le badaud de l'abstinence avant le mariage et de la fidélité après
    celui-ci.

    Le taximan à la lecture de ce message me lance une œillade
    complice !





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