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  • Encore un de ces matins de descente d’avion, l’air hagard, trainant la fatigue accumulée d’un voyage inconfortable et long. Je descends au radar les différents escaliers qui mènent dans le RER qui me conduira à Gare du Nord et de là à Saint-Denis.

    En haut du dernier escalator je remarque un homme d’origine africaine d’un certain âge. Il a peut-être la soixantaine et il s’escrime avec divers colis qu’il doit enlever de son chariot pour les descendre dans le RER. C’est trop tôt pour que je le calcule vraiment, et je ne fais pas ce que j’aurais dû faire : l’aider à les descendre.

    Quoi qu’il en soi je suis bientôt  assis dans le train et j’attends son départ. L’homme que j’ai croisé fini dans le même wagon posant ses derniers colis dans l’emplacement à bagages. Il s’assoit en s’épongeant le front à côté de deux femmes, elles aussi d’origine africaine, qui se moquent gentiment en disant qu’une femme aurait eu l’habitude de trimballer tout cela et ne serai pas si fatiguée…

    La conversation démarre et à un moment critiqué sur sa capacité à cuisiner le voilà qui se défend avec cette phrase superbe : « Ici à Paris un homme qui ne sait pas cuisiner ce n’est pas un vrai parisien » !


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  • C’est une histoire déjà un peu ancienne, et je la mets sur papier aujourd’hui dans un temps mort de ma mission à Madagascar.

    L’un des week-ends les moins pourris d’un mois de mars particulièrement pourri nous sommes partis nous balader dans Saint-Denis. Il faisait beau et le temps sans être chaud n’était pas au gel… On voulait aller à l’île Saint-Denis, marcher le long de la Seine, regarder le lot éclectique de bateaux rangés sur les berges, profiter un peu du soleil.

    Encore dans Saint-Denis, pas loin de la rue Brise Échalas, soudain mon regard est attiré par des enfants qui jouent dans la cour d’une série d’immeubles en brique rouge. Ils ont l’air d’être originaires du sous-continent indien et l’un d’entre eux agite une batte encore dans sa housse en plastique. La batte ne peut pas être confondue avec une autre : c’est bien une batte de criquet !

    On joue donc au criquet à Saint-Denis ! A quand une équipe dionysienne ?

    Un peu plus loin, déjà sur l’île Saint-Denis nous croisons un clown triste promenant son chien, un clown androgyne, clown drag-queen ? Il est grand et mince, il porte un manteau de fourrure (le fond de l’air est quand-même frais) son visage est grimé, ses cheveux ébouriffés et il a l’air mélancolique. Son chien est une espèce de bulldog aux jambes arquées. Une apparition surréaliste.

    Nous voilà arrivés sur les bords de Seine. On remonte la rive droite, prenant un chemin boueux bordé par un immense hangar industriel. Nous croisons des péniches, un cargo habité qui semble sorti des années 30 et d’une bande dessinée de Hergé, des bateaux qui à l’abandon. Sur la Seine passe une barque légère à avirons. C’est une barque à une place et une femme est aux rames. Peu après en voici une deuxième. On voit cela plus souvent sur la Cam ou l’Ox qu’ici sur la Seine dans un paysage un peu déglingué de vieux bateaux, friches industrielles et logements sociaux. La rameuse du deuxième bateau est d’origine africaine, elle est sérieuse dans l’effort, ses tresses se mouvant au gré des coups d’aviron. C’est encore une métamorphose : voici un sport qui par son origine et son coût était réservé à une élite de « la Haute » pratiqué sur cette longueur déshérité de la Seine par une femme dont la famille est probablement venue ici de loin.

    Scènes de la vie de banlieue : des enfants jouant au criquet, un clown triste promenant un bulldog jovial et une femme noire tirant, sérieuse, ses avirons.


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