• La pirogue dont il est question ici n'est pas le Sénégal, proue tournée vers l'Atlantique, c'est plus simplement ce navire que des artisans saint-louisiens sont en train de construire sur une plage de Guet Ndar. C'est une large et longue barque en bois qui sera peinte de vives couleurs quand elle sera finie. La plage et l'estuaire du fleuve en sont pleins de ces barques, elles attendent le lever du jour pour prendre la mer et reviennent la nuit tombante.

    L'image des pirogues se glissant sur les brisants au crépuscule est identique tout le long de cette côte, du moins du Cap Vert au Sahara. Elles échouent sur la plage et commence alors la ronde des transporteurs de poissons, une bassine sur la tête et trois gamins courant derrière pour ramasser le menu fretin tombé a terre...

    Il faut voir aussi les équipages se préparer a partir, ils suivent la voix du capitaine qui par ses cris rythme le mouvement lent de la lourde barque du sable vers la mer. La voilà qui flotte, l'équipage monte à bord, déjà trempé, le moteur hors-bord démarre et elle s'éloigne. Quelque mousse s'affaire à préparer le thé du matin entre les filets et les cordages...

    Ce sont ces pirogues que les espagnols appellent « cayucos » quand ils les voient approcher pleines à raz-bord d'hommes désespérés les côtes des Canaries.

    Certains encensent les vertus de la prise de risque sans avoir de leur vie risqué autre chose quelques deniers dans la bourse aux valeurs. Joueurs de dés ! Ils grommellent contre les assistés, les clandestins, les gueux, les empêcheurs de tourner en rond , toutes ces petites gens qui ne veulent pas prendre les risques qu'ils prendraient eux. Mais, auront-ils un jour le courage de cet équipage de sahéliens ? De ceux qui embarquent dans la pirogue sans avoir encore vu la mer, ceux qui quittent la terre ferme dans une coquille de noix, attirés par un monde qu'ils croient meilleur de l'autre coté de l'horizon. Ils donnent leur confiance a des pirates et espèrent que leur bonne étoile, le moteur Yamaha et le GPS de poche du pilote leur permettront d'atteindre ces lointains confettis d'empire qui sont déjà l'Europe.



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    C'est une marée de bétail qui vient s'abreuver au Ngalenka, un mur de vaches aux longues cornes, elles s'arrêtent un instant, puis s'avancent vers l'eau boueuse. A voire ces têtes montées de cornes démesurées ont comprends la démarche hésitante des ruminants, leur dodelinement du chef : ces belles cornes sont lourdes à porter.

    Le piétinement des bêtes lève la poussière, la saison est sèche.

    Elles arrivent à l'eau, les pattes dans la rivière, les museaux se baissent et elles boivent. Comme dispersés dans cette mêlée : une troïka d'ânes attelés à leur charrette, paisibles dans l'eau pendant qu'une jeune femme remplit la chambre à air de camion posée sur la plate-forme ; deux jeunes hommes en train de laver un cheval ; la corde tendu d'un bac à bras, traversant lentement le défluent et quelques femmes en train laver leur linge.

    Quelque chose comme une journée ordinaire à Thiangaye.


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  • Les quelques maisons en banco sur cette langue de terre ont déjà sept cents ans d'histoire. Sept cents ans que la lignée des Sy s'est installée pour cultiver les terres fertiles alimentées par les inondations qu'apporte la saison des pluies. Quelques centaines de personnes y habitent, isolées de la route et du reste du Sénégal par le Ngalenka que cette pirogue traverse encore et encore.

    Fanaye Walo tient son nom même de ces terres qui l'entourent : le walo. Lorsque les pluies s'arrêtent et que le Ngalenka recède les familles de Fanaye y plantent leur mil et c'est ainsi que ces gens vivent.

    Fanaye Walo, à l'entrée du Fouta, a traversé la révolte des Torodo quand des musulmans pulaar ont voulu briser le pouvoir des castes et en finir avec l'esclavage (mais les castes sont plus fortes que l'idéalisme et cette révolution là aussi a été mangée par ses enfants). Le village a traversé la lente invasion des babioles que les bordelais faisaient remonter le Fleuve. Il a vu passer El Hadj Oumar Tall se taillant un empire, puis la riposte des français. Eux aussi sont passés puis sont partis.

    Ce village était riche de ses terres de décrue mais la route goudronnée - modernité - est de l'autre côté du Ngalenka. La route passe à quelques kilomètres de là à Fanaye Diery et l'ancien village vivote alors que le nouveau, sur ses pauvres terres touchées par la maigre pluie, est irrigué par le goudron, grandit et s'enrichit : la roue tourne.



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