• Une arrivée à Managua (1999)


    Depuis le hublot, Managua est un rectangle de lumière étiré
    d'est en ouest. Comme un ciel étoilé inversé, chaque lumière jaune
    scintille : est-ce les variations de densité de l'air ou est-ce les
    variations de la production d'électricité ?

    A la descente de l'avion, me voici plongé dans la chaleur
    légère mais moite des tropiques humides. Arturo et Lucia, mes hôtes,
    m'attendent, c'est une bonne surprise car déjà je m'imaginais m'escrimant avec
    taxis et porteurs de bagages.

    Managua s'étend sur les bord d'un grand lac, la ville, ou ce
    qui s'appelle une ville mais ne ressemble en rien à une ville, court le long du
    lac puis monte la pente vers le sud. La ville a été détruite totalement deux
    fois par des tremblements de terre. La dernière fois c'était en 1972, les
    urbanistes devaient tous être dans la guérilla, en exil ou en prison car la
    ville n'est à bien y regarder pas une ville. C'est un assemblage peu
    convainquant de quartiers, d'arbres, de statues gigantesques de personnages qui
    me sont inconnus, de centres commerciaux, de stations essence et de marchants
    de ferraille. Le tout parcouru par des bus scolaires américains encore jaunes,
    mais aux rajouts latins tels des Christs en souffrance, des Saints Christophes
    portant le Bébé Jésus, des lumières multicolores ; par des camions soviétiques
    d'époque ; par des Ladas ; par des 4x4 japonais juste sortis de
    l'archipel ; etc. Les coopératives de taxistes abondent et portent des
    noms faisant référence à des événements ou personnages révolutionnaires :
    Carlos Fonseca, Simon Bolivar, le 19 juillet ...

    En réalité cette ville n'a pas de présence, seule la vue sur
    le Lac Managua et ses quelques vieux volcans lui donne une Rédemption, une
    raison d'être, quand d'un coup Momotombo et Momotombito se découpent de
    l'horizon comme deux légères ombres triangulaires dans la brume.

    Mes premiers hôtes sont des intellectuels sandinistes (si
    non politiquement au moins du cœur). Lui est chargé de la com du PNUD ici, elle
    travaille pour Swiss Aid. Ce sont des gens bien sympathiques. Il a participé à
    la collecte de fonds pour le Front pendant les années de lutte, puis il a géré
    un centre culturel après la révolution. Je connais moins son histoire à elle.
    Arturo a pas mal voyagé et entre autres parle d'un travail qu'il a fait dans
    les années 70 à San Cristobal avec l'archevêque du Chiapas, Samuel Ruiz (vieux
    théologue de la libération).

    Le taxi qui me conduit au marché Mayoreo est arrête par un
    embouteillage, des gamins passent de chaque coté vendant de minuscules sacs
    remplis d'eau fraîche (« Agua helada ! Agua helada ! »
    disent-ils en passant), d'autres personnes déambulent vendant toute une série
    de mauvaise marchandise asiatique. Soudain un homme nous tend deux bonbons
    acidulés et une petite carte de visite « politisée » cherchant a
    convaincre le badaud de l'abstinence avant le mariage et de la fidélité après
    celui-ci.

    Le taximan à la lecture de ce message me lance une œillade
    complice !





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