Chinguetti est une ville coupé en deux par le lit asséché d'un oued. Là où nous logeons, la ville nouvelle, quadrillage de murs nus et lisses, rues ensablées, sur l'axe principale : la génératrice. La plupart des hôtels, vides en cette saison trop chaude se trouvent de ce coté, et un jeune sénégalais désoeuvré, loin de son pays, attend la venue de la fraîcheur pour vendre ses statuettes - fabriqués sans doute en série dans quelque atelier semi-industriel d'une banlieue de Thiès.
De l'autre côté de l'oued, la vielle ville, un labyrinthe de pierre sèche, de rues étroites et toujours le sable. Parfois l'effondrement d'un mur ancien permet de voir l'intérieur d'une cour abandonnée, parfois, c'est la hauteur de sable devant cette belle porte en bois avec sa mystérieuse serrure qui indique l'abandon. Vieille ville tournée sur elle même, faisant le dos rond au désert qui rode et s'infiltre. Les premières dunes servent de décharge parmi laquelle jouent des enfants et des chèvres. Et voilà quelques gamins et gamines qui nous demandent des cadeaux, le plus jeune, deux ou trois ans pas plus danse sans cesse et sans se soucier de notre présence : c'est déjà un soufi !
Je suis venu ici pour les bibliothèques. Je n'en visiterais finalement qu'une, celle de la fondation Al Ahmed Mahmoud, son gardien, Saïf, me débite sa présentation bien rodée, pour une seule personne c'est trop, et ce n'est pas cela que je cherche. Le ton change et l'intérêt naît quand je lui déballe mon livre. Il y reconnaît une écriture maghrébine, me confirme la date du colofon sans y trouver le nom du lieu où il aurait été copié. Il admire la reliure nouvelle de l'ouvrage et se plaint de ne pouvoir faire relier de la même manière les livres sous sa garde. L'échange est maintenant plus chaleureux et le jeu théâtral initial a disparu. A mon départ il me donne le nom d'une personne qui pourra peut-être m'aider à Nouakchott...