Nous dépassons un groupe de camions vert olive dépareillés de l'armée kirghize, celle-ci essaye de combler le manque d'argent de l'Etat par la générosité des superpuissances intéressées par la position stratégique de la petite république. Elle dispose maintenant d'uniformes chinois, de bottes turques, de pièces détachées et munitions russes et de radios étasuniennes. Plus tard un rutilant camion à plaques chinoises nous croise.
La route rafistolée, bossue, défoncée, passe un col, nous voici dans la dernière descente avant Gulcha : sur la droite les pics enneigés des Alaïs sont alignés.
A la sortie d'un de ces villages bordés de peupliers, longeant le cours d'une autre rivière de montagne nous croisons une étrange construction, architecturalement elle ressemble à un lycée de banlieue, mais c'est inattendu d'en croiser un dans ce coin du monde. Autre raison d'étonnement, son matériau de construction : des briques d'adobe. Je demande à Iskender et Alisher (mon interprète), ce que c'est : c'est bien un lycée, en architecture de tradition Bauhaus, dans un matériau ancestral...
Au détour de la route, à la confluence de deux ou trois rivières, encadrée de montagnes pelées, Gulcha apparaît entre d'inévitables peupliers. Ici et là des bâtiments de plusieurs étages, HLM, nous dirions ici, se dressent, délabrés, entre les maisons. Ils ont quelque chose de post-apocalyptique : comme des bâtiments réoccupés après la catastrophe, en bas de chaque cage d'escalier des fours à pain en argile de conception millénaire, les appartements n'ont pas l'eau courante, sans doute plus de toilettes fonctionnelles et l'électricité que quand l'entreprise de distribution le veut bien.