Parfois, la jungle est dense au point de ne presque pas pouvoir avancer. Parfois la hauteur des arbres et le manque de lumière au sol nous laisse plus de place pour marcher. Parfois encore nous suivons les traces d'un tapir, il a déjà fait le nettoyage du chemin, nous avançons plus rapidement.
Vers trois heures de l'après-midi nous nous arrêtons. Il faut de l'eau et un terrain plat pour que nous nous arrêtions. On déblaye le terrain et on monte les tentes (de la toile de plastique soutenue par de la corde ou du bois). La cuisine commence, pour allumer le feu nous utilisons du kérosène, technique bourinne mais efficace. C'est du riz, on ajoute des conserves, on fait du café, on chauffe de l'eau et on y mélange du maïs avec du cacao.
Dans les hauteurs il fait bien froid, sous la tente en plastique, dans mes habits les plus chauds et au fond de mon sac de couchage, je grelottais.
Mais, c'est beau, c'est vert, d'un coup les arbres rabougrissent sous l'effet du vent et on voit au loin quelque volcan éteint, un bout d'une rivière, une route ocre, des petites maisons en bambou. On s'enfonce de nouveau dans la verdure, les deux chefs de file ouvrant le chemin au machette, les treize autres gonzes avançant comme ils peuvent dans la végétation coupée. Je passe sous une bûche pourrie, mon T-shirt se remplit de bois humide, je me prends les pieds dans une liane lors d'une descente boueuse, mes grolles se remplissent d'eau au passage d'un gué.