L'objectif de notre visite au petit bourg rural de Smau Khnei avait quelque chose de scabreux : nous étions là pour voir comment le lieu pouvait être assaini, une histoire d'égouts, d'exutoires, de futures lagunes (là où aujourd'hui des eaux noires croupissent...). Nous faisions le tour du marché, centre du village, site où il existe un embryon de réseau, il était question d'avaloirs, de regards, de buses de ciment, nous allions de coin en coin du marché sous le regard étonné des habitants.
C'est à peu près au troisième coin, donc derrière le marché, loin de la nationale qui le borde, là ou les maisons en bois sont adossées au mares qui constellent le bourg, que je suis tombé en arrêt saisi par une scène se déroulant au rez-de-chaussé d'une de ces maisons. Par le porche (ou la porte ?) ouvert, on apercevais dans l'ombre une table, peut être un bout de cuisine. Sur la table étaient disposés des bols contenant sans doute des aliments. Une femme en sarong était accroupie sur la table, plongeant sa main dans les bols devant elle : elle mangeait. Juste derrière elle un chat gris se tenait assis, me regardant regarder le repas. J'ai voulu photographier tout cela tellement cela m'a semblé incongru, puis je me suis refréné, la scène n'existe plus que dans ma mémoire et dans les mots que j'aligne.
Que dire de plus ? Que la table était de type européen, conçue pour que l'on y mange assis sur des chaises, qu'il avait sans doute été difficile pour cette femme d'y monter mais que la puissance de feu de notre culture fait qu'une femme à Smau Khnei se retrouve accroupie sur une table trop haute alors qu'une table basse, plus traditionnelle, comme on en voit dans les restaurants pour touristes lui aurait sans doute mieux convenu...