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Fragments

Des fragments de voyage

Mazeo

Mauritanie, Nicaragua, Madagascar, les chemins de l'eau m'auront conduit à vivre ailleurs.


Je suis maintenant de retour en région parisienne et ajouterais des fragments au gré de mes voyages…


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Saramaka ! | 01 avril 2012

Plus je voyage plus les entrelacs improbables de l’histoire me frappent.

J’étais en Guyane Française pour le travail, ce surréel morceau de France tropicale. La forêt omniprésente venant couvrir de moisi les panneaux signalétiques si typiques de notre pays, le soleil puissant en écaillant la peinture.

On m’avait demandé d’appuyer mes collègues urbanistes sur de la conception de réseau pour la réhabilitation d’un quartier d’habitat spontané : c’est-à-dire un  quartier  que des gens venus d’ailleurs avaient construit eux-mêmes. Des quartiers de maisons en bois au toit en tôle, des quartiers me faisant penser aux villages nicaraguayens dans lesquels j’avais travaillé dans la région de Matagalpa (car au final, n’en déplaise à certains, la Guyane Française est bien en Amérique Latine).

Ces quartiers sont habités par des bushinengé – descendants du marronnage, vivant depuis longtemps avant le bagne sur les deux rives du Maroni. Certains sont nés du bon côté du fleuve, d’autres du mauvais, mais comment ce fleuve peut devenir frontière, lui qui est voie, lien, porte d’entrée à la forêt ?

Leurs ancêtres provenant de divers parties d’Afrique, les langues des bushinengé sont des créoles, toutes contiennent une part importante de mots d’anglais car ce sont des colons anglais qui ont les premiers occupé la côte du Surinam et ce sont ces plantations que les premiers marrons ont fui.

Le saramaca est l’une de ces langues, à la différence des autres langues bushinengé elle comprendrait une part importante de mots portugais – le résidu de maîtres lusophones…

Et l’improbable est là : ces maîtres lusophones auraient été des séfarades fuyant le Brésil.

(En tirant le fil du créole d’un peuple marron vivant sur les bords du Maroni on retrouve l’expulsion des juifs du Portugal en 1496 et les tribulations qui les menèrent d’abord aux Pays-Bas puis au Brésil où la première Synagogue des Amériques ouvre en 1636.)

Publié par Mazeo à 13:18:39 dans France tropicale | Commentaires (0) |

Dans un lieu banal, un jour comme un autre (Cambodge) | 15 janvier 2012

Quand je suis à Phnom Penh je travaille dans la rue 330 à une encablure de Tuol Sleng (le lycée Tuol Svay Prey), lieu d’enfermement et d’interrogation connu sous le nom de S21. La photo qui illustre cet article a d’ailleurs été prise du toit du bureau. C’est un bâtiment que je vois souvent, devant lequel je passe quand je suis ici, un bâtiment banal, sans doute issu ou inspiré par une certaine architecture utilitariste des années 50. Il ressemble à un collège ou à un lycée d’une province française – ce qu’il est d’une certaine manière.

Lors que je l’avais visité en 1998 ce sont les détails de ce lieu de mort qui m’avaient frappé : comment telle salle de classe avait été transformée – à la va vite – en une multitude de cellules, des murs d’une seule rangée de briques découpant l’espace sans pourtant arriver jusqu’au plafond ; comment du fer à béton avait été façonné par un forgeron pour devenir une entrave ; comment un lit était devenu un instrument de torture ; comment une série d’objets, un lieu banal devenaient des armes, une prison par destination.

Et puis un peu plus tard en ce mois de juillet, nous avions visité l’un des champs d’exécution. Il faisait chaud, humide : un temps tropical. La végétation était verdoyante, foisonnante comme elle l’est si facilement sous ces latitudes. Il y avait quelque chose de surréaliste dans l’hiatus entre cette nature si vivante et ce qui s’y était passé. Je me suis rendu compte alors qu’à la banalité des lieux il fallait ajouter la banalité des jours – la quotidienneté routinière du mal. L’atrocité pouvait avoir lieu dans des lieux fertiles et beaux et dans des jours ensoleillés, chauds, l’air vibrant d’insectes.

Peut-être est-ce à cause des films vus, des photos des livres d’histoire, de toute cette imagerie répétée – j’imaginais que le mal n’avait lieu que dans des lieux sombres, froids, qu’il était en quelque sorte monochrome. Je l’associais à la grisaille, à la pluie, à un ciel bas et menaçant. Qu’il surgisse en plein jour, au milieu un paysage de rizières et de palmiers à sucre et me voilà désarçonné… Comme si en imaginant les événements se dérouler dans la même chaleur moite que je vis, je mesurais, finalement, leur réalité.

Publié par Mazeo à 15:00:38 dans Histoires indochinoises | Commentaires (0) |

Une nouvelle année comme une invitation… | 04 janvier 2012

Publié par Mazeo à 20:30:48 dans Paris | Commentaires (0) |

Où est la trace de l'Inca dans l'école de Cuzco ? | 03 décembre 2011

 

L’art ecclésiastique de Cuzco est connu, recherché parfois. Art d’église naïf né du travail d’artistes locaux, indigènes et métis, il représente des vierges surchargées enveloppées de mousseline, des christs sanglants à l’agonie, des archanges en armure de théâtre brandissant lances, épées et arquebuses.

On dit de cet art qu’il est syncrétique que les représentations contiennent, cachent des symboles du monde andin. J’ai cherché dans les nombreux tableaux de la pinacothèque du monastère de Santo Domingo cette présence andine. Sans doute ma méconnaissance de ces symboles est pour quelque chose dans mon échec. Les personnages de tableau après tableau sont blancs, des scènes classiques de l’imagerie chrétienne se suivent.

J’ai cru trouver une présence tenue du monde andin dans ce tableau de moines malades protégés par un saint – les motifs de leurs couvertures me font penser qu’elles sont de là. Un tableau a tout de même un thème très local : la rencontre fatale de Cajamarca entre Athahualpa et Pizarro.

Je désespérais de trouver une autre image indienne dans les couloirs du Coricancha quand je suis tombé sur une représentation de la passion du Christ. L’épisode montré est celui où Simon reprend la charge de la croix. Des soldats romains harcellent un Christ couvert de sang pendant qu’une troupe de badauds observe la scène. En bas à gauche, dans un coin du tableau, est représentée celle qui sans doute commanda l’œuvre. C’est une vielle femme ridée priant, autour de ces mains jointes pend un rosaire. Elle est indienne, sa peau bronzée, la coupe de sa tunique noire, le plastron de couleur tel qu’on les voit dans certains dessins de Guaman Poma. Sa présence est émouvante, elle témoigne d’un monde disparu – quelles transformations a vu cette femme au cours de sa vie ? Pour elle l’impensable est devenu.

Publié par Mazeo à 04:58:24 dans Andines | Commentaires (0) |

Les cultures de Cuzco | 27 novembre 2011

Cette image est classique : elle montre le monastère de Santo Domingo à Cuzco, couvent construit sur le temple le plus important du Tahuantinsuyu – l’état Inca. Comme ailleurs dans ce monde dit nouveau, les espagnols ont construit leurs lieux de culte sur d’autres plus anciens. La continuité géographique de la prière rendant moins brutale l’imposition d’une nouvelle religion.

L’image montre un empilement de cultures sur le même site, empilement rendu visible par la maçonnerie. Sur les blocs si finement posés des fondations incas, la maçonnerie coloniale.

A Ciudad de Mexico il y a une place des Trois Cultures, Tlatelolco, rendue célèbre pour la massacre qui y eut lieu en 1968. Le nom de la place fait référence à la présence de « trois cultures » dans le pourtour de la place, et de là dans la construction nationale mexicaine : la culture aztèque précolombienne, la culture espagnole et la culture de la République.

Sans doute qu’un empilement similaire de cultures se voit au Coricancha et aux alentours : l’inca, l’espagnole et la péruvienne. Ce qui m’a frappé pourtant à la première vue du bâtiment c’est autre chose. Si la fondation est inca et la maçonnerie au-dessus espagnol, d’où est la menuiserie ? Les arcs ? J’ai pensé en le voyant à un moucharabieh – comme si une quatrième culture était là, venue clandestine dans les bagages des espagnols, celle de l’Espagne musulmane. En rentrant dans le bâtiment l’intuition m’était confirmée par la grande porte marquetée couverte de ces motifs géométriques typiques de l’art islamique – une porte mudéjar. Par quel biais, filiations, cheminements, le travail du bois d’Al-Andalus est-il arrivé à Cuzco ?

Publié par Mazeo à 06:40:19 dans Andines | Commentaires (0) |

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