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    La péniche arrive alors que la journée finit. Elle vient de Bukavu ou de Goma, sans doute plutôt de Goma, je crois me souvenir qu'elle arrivait du nord...

    Le vieux moteur diesel tourne au ralenti alors que l'équipage s'apprête a arrimer le rafiot au petit ponton en bois. La foule qui est réunie attend-elle quelqu'un ? Un VIP ne voyagerait pas dans un tel bateau, j'ai vu un autre jour un puissant hors-bord passer au large : c'est cela leur mode de déplacement habituel. Alors peut-être que cette foule est simplement là pour accueillir famille, amis, peut-être qu'il s'agit de clients des marchants qui apportent quelque nouveauté de la ville, ou alors de curieux, venus voir qui arrivait et ce qu'ils amenaient.

    De leurs misérables cases en adobe couvertes de chaume les hommes de la Marine nationale regardent arriver les voyageurs. Leur chef, je ne me souviens plus de son grade, je l'ai pourtant rencontré, est déjà sur le ponton : c'est le comité d'accueil. Sent-il encore l'alcool artisanal, comme lorsqu'il nous avait accueilli, nous ? Les passagers s'attendent, résignés, aux « tracasseries » d'usage, mais sans solde il faut bien vivre...



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  • Le voyage de retour commence doucement, nous attendons au port de Bugarula, là où se trouve la fabrique de « boats ». Nous nous posons à l'abri du soleil, nos passagères préfèrent attendre à bord, protégées par un parapluie devenue ombrelle.

    Nous sommes impatients, le soleil nous pèse et nous nous demandons où sont passés nos collègues congolais. Il n'est resté de leurs motos que les casques dans la soute, pourtant elles nous avait accompagnée à l'aller, mais la zone de santé est pauvre et les motos se partagent...

    Elles, elles causent, se penchent sur le petit, sa mère lui murmure quelque parole tendre. Elles sont à l'ombre, tranquilles dans l'attente, sachant que le départ viendra, qu'elles retrouveront plus tard les leurs. Elles ont traversé des années de malheur, peut être aussi grâce a cette patience et sans doute avec un brin de fatalisme.

    Aujourd'hui elles attendent dans cette baie de l'île quelque chose comme un nouveau départ.



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  • Puisque nous sommes encore dans l'eau, ou sur l'eau, restons-y.

    Ce qui se construit dans ce petit port du nord de l'île d'Idjwi est un « boat », pas une pirogue, ni une barque, ni un bateau, : un « boat ». Il servira au transport de personnes ou de produits locaux vers d'autres ports, peut-être sera-t-il motorisé, peut-être que, parfois, il avancera à la pagaie, comme ce « boat » que nous avons vu passer devant Monvu chargé de bananes encore vertes.

    L'homme qui le construit, et qui en construit d'autres, plus grands encore, serait venu d'Uvira il y a cinq ans. Il paraît que ces « boats » sont courants sur le lac Tanganyika, tirent-ils de là leur nom anglo-saxon ? Qu'est-il venu chercher sur Idjwi ? Peut-être un semblant de sécurité, peut-être un nouveau marché, peut-être, finalement, quelques arbres encore sur pied.

    Mais son entreprise florissante de construction navale, malgré les beaux « boats » qu'elle produit aura bientôt bien du mal a se fournir en matière première : autant convoitée par les exportateurs de « braise », le charbon de bois qui alimente les cuisines de Bukavu...

    La calvitie de l'île prend des proportions inquiétantes...



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  • Ce train est en route pour Bukavu avec un chargement de sable. Il a du quitter un petit port un peu plus au nord de Monvu il y a peu. Il arrivera sans doute demain, au petit matin, à Bukavu, ville qui n'est pourtant pas loin (35, 40 km ?).

    On entend des éclats de voix qui viennent des couvertes, on voit des silhouettes se déplacer, on repère une flamme ou deux, peut-être que le mousse chargé de faire le dîner prépare ses repas. La nuit va être longue, mais elle est déjà étoilé. Ils sont nombreux à bord, ils participeront au déchargement, demain, un autre jour.

    A Kintama j'ai vu ces gens charger les péniches... Ici pas de bulldozer, pas de chargeur, pas de camion, le sable siliceux est pelleté dans des sacs de jute et chacun part au pas de course avec 30 kilos sur la tête, et un autre, et un autre, file ininterrompue de dockers à l'ancienne. Puis ils reviennent vers la carrière, un groupe compact gardant l'allure de la course, rythmant de mouvement d'un chant et contre-chant puissant.

    Il y aurait un jour à faire ce voyage, à parler avec les matelots et les dockers embarqués de leur étrange vie, à passer une nuit sur le train lacustre, la flamme du repas, la braise d'une cigarette, peut-être les étoiles, la traversée du lac Kivu.



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    Ces quelques hectares de terrain sont une utopie libérale. Pour 200 $ l'apprenti mineur achète une concession, il ne lui reste plus qu'a creuser dans les boyaux de la terre, descendre arc-bouté aux parois de son trou chercher là-bas au fond de la wolframite ou du coltan... C'est un homme libre, libéré des contraintes du contrat et du droit de travail, libéré des heures réglementaires et d'obsolètes considérations sur sa propre sécurité : il creuse. Il creuse la terre et en sort, s'il est chanceux, ces minéraux que convoite le muzungu, celui qui viendra d'ailleurs acheter son paquet de pierres. Il en achètera d'autres des paquets de pierre ce blanc-là puisque ces quelques hectares sont un gruyère, une pépinière de trous, a chaque parcelle son vaillant entrepreneur.

    Et voilà le contrat entre égaux : l'un risque sa peau, l'autre ne risque même plus son argent...

    Encore une photo de mon collègue Jean-Marie, entouré de jeunes mineurs pensant que nous étions les fameux muzungus venus leur acheter du minerai, je n'osais pas sortir mon reflex de ma sacoche...



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