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    C'est une cahutte en bois avec un toit en tôles rafistolées qui doivent être maintenues en place par des pierres ou peut-être un vieux pneu - comme dans les bidonvilles de dessin animé. Quelques plantes un peu décoratives vivotent dans un enclos bricolé sur le côté gauche de la porte.

    Un jour passant devant cette baraque comme cela m'arrive souvent (elle se trouve sur l'un des chemins de retour de la ville) j'ai vu par l'embrasure de la porte ouverte que l'intérieur était décoré de quelques images tirées de journaux ou magazines punaisées au murs.

    Une famille vit ici et s'y construit un avenir. Au fur et a mesure des années la bicoque a été améliorée, des plantes plantées, la décoration trouvée et punaisée. Jour après jour des gens y vivent, y font des projets, imaginent l'après.

    Mais voilà que la société qui gère la collecte des déchets solides de la ville a changé l'emplacement des bennes à ordures et la vie de ces gens est changée, voire menacée...

    C'est qu'ils vivaient, comme plusieurs comme eux dans cette ville chaotique du tri des ordures jetées dans ces bennes. Ils récupéraient fer, plastique dur, ce qui peut se vendre et ce qui peut se réutiliser, comme des petits morceaux de charbon de bois ou des récipients vides - tout ce qui a de la valeur parmi ce que le voisinage choisit de jeter.

    Le déplacement de la benne, acte anodin décidée par un quelconque agent communal bouleverse leur quotidien.

    En pensant pour écrire ce billet à toutes ces familles vivant dans l'interstice, dont la vie et la demeure est adossée aux bennes a ordures, en pensant plus particulièrement aux maigres et kitsch décorations qu'ils utilisent pour embellir ces lieux qui nous semblent si répugnants j'ai repensé au slogan que ces ouvrières du textile américaines auraient lancé au tournant du siècle dernier : bread, and roses too

    On ne vit pas que pour le pain.

     


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  • Madagascar est une terre pleine de petits métiers, on croise dans les rues le réparateur de parapluies, celui qui répare seaux en plastique et assiettes en étain, les récupérateurs de bouteilles, les tireurs de charrettes à bras... Un livre leur est d'ailleurs dédié.

    A Andravoahangy, au rond point devant le marché aux lunettes (un endroit étrange où des artisans opticiens vous copient vos verres et les installent dans d'improbables montures) des journaliers stationnent portant les symboles de leur métier.

    Pourquoi là ? Certes le carrefour est passant, mais ce n'est pas le plus passant de la ville. Peut-être est-ce la proximité des nombreuses quincailleries ? Le client peut acheter directement là les matériaux avec lesquels le journalier travaillera.

    En tout cas, au passage des voitures un tel tend le tournevis isolé de l'électricien, tel autre la poignée de clés du mécanicien, encore un les pinces ou le marteau. A la réflexion, à Andravoahangy ce sont les journaliers mécaniciens et électriciens, je ne crois pas avoir vu là de marteau... Les maçons seront ailleurs avec leurs truelles, les menuisiers encore ailleurs avec leurs scies et leurs rabots.

    Il y a-t-il un endroit pour l'ingénieur ? Que tendrait-il au passant ? Un règle à calculer ? Une calculatrice de poche ? Un ordinateur portable ?

     

     


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  • Je viens d'en voir un, suivi de son fils identiquement vêtu - ils avançaient à pied le long de la route goudronnée qui passe au-dessus de l'hôpital militaire. Je les ai croisés presque au droit de la sortie de la morgue. Il était devant, son fils le suivait. Il portait une espèce de kamiss blanche, un manteau long en laine violette, un voile blanc lui couvrant la tête. Tant sa tête que sa ceinture étaient ceints d'une large bande de tissu noir.

    L'apparition est surprenante, mais ce n'est pas la première fois que je vois des gens comme lui - au début je pensais qu'il s'agissait d'acteurs déguisés se rendant la représentation d'une nativité. Plus tard en croisant aussi un de ces groupes avec des femmes qui portaient le voile et marchaient derrière leurs hommes j'ai pensé qu'ils formaient peut-être une étrange secte musulmane.

    J'ai fini par poser la question à mes collègues malgaches : qui donc sont ces personnes que l'on croise sur les routes, toujours à pied, habillés comme s'ils sortaient du film Les Dix commandements ?

    C'est un groupe évangélique radical qui cherche à vivre comme à l'époque biblique, ou à l'idée qu'ils se font de cette époque. Ils n'utilisent ni électricité, ni téléphone, ni véhicule - des Amish malgaches...

     


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  • On le voit sur les t-shirts, on l'entend de la voix des touristes qui pensent avoir compris le pays, on le lit dans certains guides et on l'entend même de certains malgaches quand ils cherchent a excuser une déconvenue jouant sur l'étrange connivence de « l'évolué » vis à vis de l'ex-colonisateur : Madagascar serait le pays du mora mora - de la lenteur, de la paresse.

    Mora mora cette vieille femme qui tôt le matin va chercher ses vingt litres d'eau à la borne-fontaine et qu'elle hisse péniblement sur sa tête pour les ramener chez elle ?

    Mora mora ces hommes comme transformés en animaux de bât tirant la charrette à bras chargée de bois le long de la côte qui grimpe vers le rond point Météo ? Ou ceux qui chargent un camion en un incessant va et vient de porteurs, chacun une tour de briques sur la tête ?

    Mora mora cette ligne de paysannes jusqu'aux genoux dans la rizière, pliées en deux la journée durant à repiquer le riz ? Et celles-ci, plus tard, dans la même rizière filtrant l'eau dans de grands paniers pour prendre quelques menus poissons qui agrémenteront les repas ?

    Mora mora le chauffeur de taxi-brousse agrippé à son volant sous la radio tonitruante et sur une route longue d'heures et encore d'heures presque sans un arrêt ? Mora mora le mécano s'acharnant encore et encore avec des outils rafistolés et de mauvaises pièces à faire reprendre vie à la vieille 404 bâchée ? Mora mora les ouvriers servant sans protection la presse qui fait sortir les carreaux de terre cuite qui décoreront de belles maisons ?

    Et sur la côte est que ce vieux vasaha à l'accent parigot, accoudé au zinc d'un bar de Mahanoro, plein de son café du commerce, décrivait comme un espèce de pays de cocagne ou tout pousse et ou « il n'y a qu'a cueillir les fruits »... tout pousse, oui, même les mauvaises herbes coriaces, les champignons, la moisissure pas noble, les parasites, la cochenille sur les arbres fruitiers - mora mora chaque jour au pays de cocagne, une lutte contre la luxuriance de la végétation.

    Parce où que j'aille nulle part je ne vois ce mora mora. Pour les petites gens pas de repos, chaque jour sa peine pour vivre encore un jour et faire vivre les siens un jour encore.

     


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  • Folle ? Peut-être pas, enfin, qui sait ?

    Elle était là, sans domicile, seule dans ses cinquante ou soixante ans, assise sur le rebord maçonné d'un caniveau profond. A son dos, le domaine de l'Église catholique, devant elle, la pente raide et pavée qui descend vers mon bureau, la magnifique vue sur la partie nord de Tana et au loin les collines et rizières de l'Imerina.

    Toujours trop habillée, elle portait des lunettes et d'étranges bonnets, peut-être même un serre tête avec des espèces d'oreilles de Mickey. Elle passait ses journées entourés de sacs, et de temps à autre on la voyait faire sa cuisine avec un réchaud au charbon dans une boîte de conserve. Elle avait aussi un parapluie sous lequel elle s'abritait les jours de pluie.

    Le matin passant devant son campement en moto j'étais surpris de voir souvent un petit groupe de gens, des écoliers ou écolières de l'École des Frères, quelques Sœurs, une famille du voisinage... Je me demandais bien ce qu'ils pouvaient se raconter, j'imaginais les religieux essayant de consoler la dame, ou lui proposant une solution d'hébergement ? Mais les écoliers et écolières ? Je me l'imaginais alors un peu sorcière, ou conteuse, disant la bonne aventure ou racontant d'anciennes histoires.

    Je ne saurais pas, un jour elle n'était plus là et il ne restait que quelques bouts de tissu, de vieux vêtements, là où elle avait vécu.

    Et maintenant il ne reste rien, juste un pan de mur maçonné entouré de verdure.

     


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